…L’époque romaine a monumentalisé le site en y installant le forum antique. Ce dernier s’étendait alors de la rue des Martyrs de la Résistance, au sud, jusqu’à l’extrémité nord de la Place du Forum actuelle. A l’emplacement de la sous-préfecture d’aujourd’hui, s’élevait la basilique abritant les assemblées publiques municipales et les audiences judiciaires. Elle donnait sur le grand espace, bordé de portiques, qui s‘étendait jusqu’au temple qui s’élevait à l’opposé, encadré par les trois galeries du cryptoportique dont seule l’aile orientale est encore visible.
Il y a 25 ans, pour une brève introduction historique, Olivier Rigaud présentait cette Place royale comme un des « emplacements stratégiques » de la ville, évoquant sa proximité de » la place des Marchés… au-dessus de l’ancien forum romain et du cryptoportique…près de l’intersection du cardo maximus et du decumanus maximus ». Il utilisait l’idée généralement admise qu’un carrefour romain central avait favorisé la circulation dans une ville ouverte jusqu’à l’époque du resserrement de la ville dans l’enceinte fortifiée des années 300, que cette circulation était donc devenue contrainte et difficile au moyen-âge mais qu’elle avait été rétablie et modernisée avec l’aide de la monarchie et de Legendre.
Sur le premier plan de Reims, celui de Cellier en 1619, voir plus bas, avec un petit cartouche évoquant l’histoire antique rémoise probablement rédigé par Nicolas Bergier, alors syndic du Conseil de Ville, on voit déjà bien, depuis la hauteur de La Haubette à l’ouest, ce carrefour central structuré et valorisé par l’axe du grand decumanus, par où arrivaient les rois pour leur sacre. Le plan urbanistique de Legendre s’insère, lui, dans les débuts et les première feuilles locales (Laon 1752, Reims 1757, avec un problème de raccord et d’orientation pour la ville coté ouest…) de l’opération nationale de cartographie des Cassini, très encouragée par Louis XV avec l’aide de Trudaine qui voulait aussi moderniser le réseau routier, ce que Bergier en 1622 avait suggéré « AU ROY », Louis XIII, dans la dédicace de son Histoire des Grands Chemins de l’empire romain.

.

.

Le plan d’urbanisme de J-G Legendre est publié en 1769, peu avant sa mort. On y trouve en médaillon à droite le tombeau de Jovin et en haut une future porte de Mars« après restauration » et dégagée un peu du rempart…Hors les murs, le paysage est correctement représenté car les travaux topographiques des années 1750-60 pour les plans terriers de l’archevêque et du chapitre, par le notaire arpenteur Pierre Vilain, son déjà bien avancés. Au nord-ouest, coté gauche, près de la route de Flandre par Laon, l’axe du grand cardo, on voit le » Mont d’Aresne » un autre vestige gallo-romain : l’amphithéâtre, cartographié pour la première fois, répondant aux recommandations de Trudaine pour la mise en évidence des antiquités du royaume de France.
